
Saartjie Baartman
("la Vénus Hottentote")
1789-1816

L'histoire effroyable
de Saartjie Baartman témoigne de la vitalité des
expositions coloniales et autres spectacles ethnographiques au XIX
ème siècle. Cette femme a
été exploitée afin de servir de justification de
la présupposée infériorité des peuples de
couleurs.
Née en 1789 - date de la
déclaration des droits de l'homme...- en Afrique Australe
où la population autochtone est dominée par les colons
hollandais (les boers), elle devient une quasi-esclave dans une
exploitation agricole. elle est emmenée ensuite en Europe
par un
marin britannique en 1810 qui envisage de l'exhiber. De nombreux
spectacles londoniens présentaient, à cette
époque, des expositions de personnes difformes ("freaks") qui
avaient beaucoup de succès.
Dès son arrivée à
Londres, elle est prise en charge par un impresario et devient un sujet
de fascination. Lui faisant miroiter de grands bénéfices
et l'ayant copieusement saoûlé, il lui fit signer un
contrat. Exposée comme une bête de foire, elle est
un objet de curiosité sexuelle en raison de la
protubérance de son postérieur (stéatopygie) et le
surdéveloppement de ses parties génitales
(macronymphie) ; elle sombre peu à peu dans la
prostitution et sert d'objet sexuel lors de soirées
privées.
En 1814, le succès déclinant,
elle est vendue à un montreur d'ours et de singes qui l'exhibe
pour 3
francs à Paris. Elle décède d'une
pneumonie (ou de chagrin..) peu après en 1816.
Célèbre de son vivant, elle avait été
analysée par de nombreux savants et peintres. Etienne
Geoffroy Sainte
Hilaire, spécialiste de tératologie (étude des
monstres...) établit un rapport dans lequel il souligne des
caractères anatomiques qui se rapprochent des singes. Selon lui,
la tête de Saartjie Baartman comporte "un commencement de museau encore plus
considérable que celui de l'orang-outang rouge qui habite les
plus grandes îles de l'océan indien"
Son corps fut réclamé avec
force par de nombreux naturalistes dont Georges Cuvier qui avait
déclaré : " Ses mouvements avaient quelque chose de
brusque et de capricieux qui rappelait ceux du singe".
Cette phrase témoigne du racisme que beaucoup de scientifiques
partageaient. Celui-ci obtint le droit de disséquer le cadavre
de Saartjie Baartman qui devint la propriété du
Muséum d'histoire naturelle. Son squelette sera ainsi
conservé et exposé au Muséum d'histoire naturelle
de Paris jusqu'en 1974. Son cerveau et ses organes étant
conservés dans du formol.
La loi du 21 février 2002 a rendu
possible le transfert de la dépouille de Saartjie Baartman vers
son pays natal, l'Afrique du Sud. Lors d'une cérémonie
émouvante à l'ambassade d'Afrique du sud, le 29 avril
2002, le ministre de la recherche, Roger Gérard Schwartzenberg
reconnut l'humiliation faite à cette femme : "Après avoir subi tant d'outrages,
Saartjie Baartman va sortir enfin de la nuit. La nuit de l'esclavage,
du colonialisme et du racisme"
Ses restes ont ainsi été
restitués à l'Afrique du sud avant de faire l'objet
d'obsèques solennelles, le 9 aôut au Cap, sa province
natale.
La manière dont a
été traitée cette femme est symptomatique de cette
période de racisme scientifique. Elle met également en
lumière un point assez délicat de notre histoire et de la
colonisation en particulier. Il est dommageable que celà se soit
produit dans un pays érigeant les droits de l'homme comme valeur
fondamentale.