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 l'Empire byzantin







                                              Le pillage  de Constantinople                         






. La quatrième croisade inspirée par le pape Innocent III devait se diriger vers l’Egypte comme point de débarquement et ensuite vers la Palestine, afin de secourir les croisés installés en terre sainte. Le but ultime étant de reprendre Jérusalem aux musulmans. Le prix du transport maritime étant trop élevé, les croisés se mettent aux services des marchands vénitiens et projettent conjointement de prendre  Constantinople.


     Les vénitiens ont alors l’occasion de briser la puissance commerciale des byzantins. Le 12 avril 1204, la capitale  byzantine Constantinople est assiégée et pillée par les croisés. Les chevaliers croisés ne sont pas mécontents également de détruire une ville symbole du patriarcat orthodoxe.
 

Le pillage de Constantinople provoque la rupture définitive entre les chrétiens d’Orient (orthodoxes) et les chrétiens d’Occident (Catholiques).

     La plupart des œuvres d’art furent volées et expédiées pour être vendues en Europe. Le 2 mai 1204, le Comte Baudouin de Flandres et de hainaut est porté au pouvoir et devient le premier titulaire de l’Empire latin d’Orient;  Les croisés s'emparèrent également de la technique du  feu grégeois qui était la fierté des byzantins.
 
Niceta Choniate, haut dignitaire de l'administration byzantine et  auteur de "l'histoire des comnènes", nous décrit avec émotion et angoisse le pillage de Constantinople par les croisés :


Les ennemis ne trouvant plus de résistance, firent tout passer au fil de l'épée, sans distinction d'âge, ni de sexe. Ne gardant plus de rang, et courant de tous côtés en désordre, ils remplirent la ville de terreur, et de désespoir.
[...]
. . Je ne sais quel ordre je dois tenir dans mon discours, ni par où je dois commencer, continuer et achever le récit de impiétés que ces scélérats commirent. Ils brisèrent les saintes images, qui méritent les adorations des fidèles. Ils jetèrent les sacrées reliques des martyrs en des lieux que j'ai honte de nommer. Ils répandirent le Corps et le Sang du Sauveur. Ces précurseurs de l'Antéchrist, ces auteurs des profanations, qui doivent précéder son arrivée, prirent les calices et les ciboires, et après en avoir arraché les pierreries et les autres ornements, ils en firent des coupes à boire. Ils dépouillèrent Jésus-Christ, et jetèrent ses vêtements au fort comme les Juifs les y avaient jetés autrefois. Il ne manqua rien à leur cruauté, que de lui percer le côté pour en tirer du Sang.

     On ne saurait songer sans horreur à la profanation qu'ils firent de la grande Église Sainte-Sophie. Ils rompirent l'autel, qui était composé de diverses matières très précieuses, et qui était le sujet de l'admiration de toutes les nations, et en partagèrent entre eux les pièces, comme le reste des ornements dont mon discours ne peut égaler la beauté ni le prix. Ils firent entrer dans l'Église des mulets et des chevaux, pour emporter les vases sacrés, l'argent ciselé et doré qu'ils avaient arraché de la chaire, du pupitre, et des portes, et une infinité d'autres meubles, et quelques-unes de ces bêtes étant tombées sur le pavé qui était fort glissant, ils les percèrent à coups d'épée, et souillèrent l'église de leur sang et de leurs ordures.

     Une femme chargée de péchés, une servante des démons, une prêtresse des furies, un repaire d'enchantement et de sortilèges, s'assit dans la chaire patriarcale, pour insulter insolemment à Jésus-Christ; elle y entonna une chanson impudique, et dansa dans l'église. On commettait toutes ces impiétés avec le dernier emportement, sans que personne fît paraître la moindre modération.

     Après avoir exercé une rage si détestable contre Dieu, ils n'avaient garde d'épargner les dames vertueuses, les filles innocentes, et les vierges qui lui étaient consacrées. Il n'y avait rien de si difficile que d'adoucir l'humeur farouche de ces barbares, que d'apaiser leur colère, que de gagner leur affection.  On n'entendait que cris, que pleurs, que gémissements, dans les rues, dans les maisons, et dans les églises.

O Dieu! que d'affliction, que de misère! Nous avons vu l'abomination de la désolation dans le lieu saint, nous y avons entendu des paroles artificieuses de la prostituée, et nous y avons été témoins des autres profanations si contraires à la sainteté de notre religion.

     Voilà une partie des crimes que les nations d'Occident ont commis contre peuple de Jésus-Christ. Ces barbares n'ont usé d'humanité envers personne. Ils n'ont rien épargné.  Ou plutôt, c'est ce que vous nous promettiez, vous qui voulez passer pour savants, pour sages, pour fidèles, pour véritables, pour sincères, pour justes, pour vertueux, et pour plus pieux, et plus religieux observateurs des commandements de Dieu, que nous autres Grecs. 



     Vous vous étiez chargés de la Croix, et vous nous aviez juré et sur elle, et sur les Saints Évangiles, que vous passeriez sur les terres des chrétiens sans y répandre de sang, et sans vous détourner ni à droite, ni à gauche. Vous nous aviez dit que vous n'aviez pris les armes que contre les Sarrasins, et que vous ne les vouliez tremper que dans leur sang. . Il est évident, cependant, que bien loin de défendre son tombeau, vous outragez les fidèles qui sont ses membres. Bien loin de porter la Croix, vous la profanez, et vous la foulez aux pieds. . Les Sarrasins en ont usé avec moins d'impiété. Quand ils étaient maîtres de Jérusalem, ils traitaient les Latins avec quelque sorte de douceur. Ils ne violaient point la pudicité de leurs femmes. Ils n'emplissaient point de corps morts le sépulcre du Sauveur.
 .

Nicetas Choniate dans Duc de Castries, La conquête de la Terre Sainte par les croisés, Paris, Éditions Albin Michel, 1973, p. 344-350.