"Ne laissez pas une seule goutte d'eau tombée sur la terre regagner la mer sans avoir servi le peuple"
Parakhama bahu, roi de Sri Lanka (1153-1186)
L'eau, une ressource rare et inégalement répartie
L'eau sous toutes ses formes (solide et liquide) recouvre 70 % de la surface du globe mais une très faible quantité est utilisable pour les besoins et les activités humaines. En effet, l'eau douce ne représente que 2.5 % du volume total soit environ 35 millions de km 3. L'eau douce est donc particulièrement rare sur la planète et est retenue surtout sous forme de neige et de glace (68.9 %), notamment dans les calottes glaciaires de l'Antarctique et du Groenland. Les nappes phréatiques, les marécages et pergélisols (sols gelés) rassemblent près de 30.8 % de l'eau douce disponible. En surface, les cours d'eau et les lacs ne représentent que 0.3 % du total de l'eau douce disponible. L'eau est donc une ressource abondante mais une très faible quantité est en fait utilisable par l'homme. Il s'agit d'une ressource exceptionnelle car vitale pour l'homme mais aussi pour tous les êtres vivants.

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La circulation de l'eau à travers la planète obéit à un système hydrologique complexe (le cycle de l'eau). De nombreux phénomènes agissent simultanément et permettent ainsi son fonctionnement : les précipitations, l'évaporation, l'évapotranspiration, la condensation et le ruissellement. Chauffée par l'énergie solaire, l'eau s'évapore et se disperse dans l'atmosphère sous forme de vapeur d'eau. Se refroidissant, l'eau se condense et forme de fines gouttelettes qui s'agrègent et constituent ainsi des masses nuageuses. l'eau retombe ensuite dans les océans ou sur terre sous forme de grêle, précipitation ou neige. l'eau ruisselle ou s'infiltre dans le sol régénérant ainsi les nappes phréatiques. Dans les espaces urbanisés, la régénération des sols est difficile et peut accentuer la situation de pénurie. Une partie de l'eau rejoint les cours d'eau (par ruissellement ou par sources) qui se jettent ensuite dans les mers et les océans . Chaque année, le cycle de l'eau recycle près de 577 000 km3 d'eau.
L'eau est l'une des ressources les plus inégalement réparties dans le monde : moins de dix pays concentrent 60 % des ressources en eau (Brésil, Russie, Chine, Canada, Indonésie, USA, Inde, Colombie et Zaïre) du fait de la superficie de leur territoire et de leur situation climatique. A l'opposé, des pays tels que Chypre, la Jordanie et le Koweït, sont en situation de pénurie en raison de l'étroitesse de leur état et de l'aridité du climat. La situation est problématique dans de nombreux espaces arides et semi-arides (Maghreb, Proche et Moyen-Orient, déserts..). Environ 80 pays sont ainsi menacés par le manque d'eau. Les trois-quarts environ des précipitations annuelles tombent dans des régions qui renferment moins du tiers de la population mondiale. Ainsi, Le bassin de l'amazone qui reçoit près de 20 % du ruissellement mondial ne contient que 10 millions d'habitants. Toutefois, la sécheresse affecte aussi des pays mieux pourvus en eau comme la France qui peine à recharger ses nappes phréatiques.
Aujourd'hui, un milliard de personnes n'ont pas accès à l'eau potable dans le monde soit un sixième de l'humanité. La mauvaise qualité de l'eau provoque une recrudescence de maladies qui déciment les populations des pays pauvres (dysenterie, choléra, typhoïde, bilharziose, onchocercose). Ces maladies sont de véritables fléaux au même titre que le sida. Toutes les huit secondes, dans le monde, un enfant meurt d'une maladie liée à la pénurie d'eau potable et de services sanitaires (OMS, 2000). La quantité d'eau disponible tend à diminuer du fait de l'augmentation de la population. En effet, depuis 1900, la population mondiale a triplé tandis que la consommation en eau douce a été multipliée par six. En fait, on estime qu'en 2050, le nombre de pays en situation de pénurie aura doublé.
La population mondiale devrait passer de 6 milliards d'individus en l'an 2000, à 8 milliards en l’an 2025. La quantité moyenne d'eau douce disponible par habitant et par an devrait ainsi diminuer de 6 600 à 4 800 mètres cubes, une réduction de presque un tiers. Si la situation actuelle perdure, entre la moitié et les deux tiers de l'humanité devraient être en situation dite de stress hydrique en 2025, seuil d'alerte retenu par l'Organisation des nations unies (ONU) et correspondant à moins de 1700 mètres cubes d'eau douce disponible par habitant et par an. Le risque d’une pénurie d’eau douce existe donc bel et bien. Le continent africain est particulièrement menacé par le manque d'eau comme le démontre le tableau ci-dessous :
La situation hydrique des pays africains en 2025
| Pays | Disponibilité en m3 / 1990 | Disponibilité en m3 / 2025 | situation hydrique en 2025 |
| Niger | 5700 | 2000 | Vulnérabilité - 1700 à 2500 m3 par personne et par an |
| Bénin | 5600 | 2100 | Vulnérabilité |
| Soudan | 4800 | 2050 | Vulnérabilité |
| Mauritanie | 4700 | 1950 | Vulnérabilité |
| Mozambique | 4200 | 1690 | Stress hydrique - 1000 à 1700 m3 par personne et par an |
| Ouganda | 3800 | 1600 | Stress hydrique |
| Togo | 3500 | 1500 | Stress hydrique |
| Nigéria | 3250 | 1500 | Stress hydrique |
| Tanzanie | 3000 | 1400 | Stress hydrique |
| Comores | 1850 | 800 | Pénurie - moins de 1000 m3 par personne et par an |
| Afrique du sud | 1600 | 850 | Pénurie |
| Egypte | 1200 | 800 | Pénurie |
| Rwanda | 1000 | 500 | Pénurie |
| Kenya | 750 | 350 | Pénurie |
| Djibouti | 400 | 300 | Pénurie |
Une carte de l'Afrique est également disponible : voir
La première raison expliquant la raréfaction de l'eau est évidemment sa répartition inégale sur la terre. Toutefois, d'autres facteurs particulièrement dans les pays en développement aggravent la situation de pénurie : l'urbanisation et le développement économique.
La raréfaction de l'eau pourrait provoquer de futurs conflits
tant cette ressource est vitale non seulement pour l'homme mais également pour
le développement économique (agriculture, industries..). Les tensions
apparaissent lorsqu'un Etat détourne ou s'accapare les eaux d'un fleuve placé
à l'aval, diminuant ainsi l'écoulement des eaux vers l'amont. La Turquie qui
se situe en amont du Tigre et de l'Euphrate contrôle respectivement 98 % et 45
% du débit. La turquie veut profiter de cette situation avantageuse et a prévu
la construction de 22 barrages ainsi que 19 usines hydroélectriques. L'état
Turque veut ainsi affirmer son rôle de puissance militaire et économique dans
la région. Les pays situés en aval (Syrie et Irak) connaîtront une diminution
assez nette du débit du fleuve, de l'ordre de - 40 % pour la Syrie et de - 75 %
pour l'Irak ! Cette situation pourrait avoir des conséquences dramatiques sur
l'économie de ces pays notamment sur le développement agricole (réduction des
surfaces irriguées). Même si des accords ont été conclus, il n'est pas exclu
que les rivalités augmentent et aboutissent à des conflits armés.